mardi, 25 août 2009

Chiens de guerre

21congoMap.jpgA lire cet intéressant article du New York Times sur le recrutement par les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR, les anciens génocidaires hutus de 1994), basées dans l'est de la République Démocratique du Congo, des ex-combattants non revenus à la vie civile du Burundi.

Le vivier est particulièrement important puisque 10 000 anciens miliciens au moins sont concernés par le programme de démobilisation du Burundi consécutif à la fin de la guerre civile. Certains de ces anciens combattants, désoeuvrés, se sont d'ailleurs reconvertis au service des partis politiques du pays et plusieurs sont morts au cours d'affrontements armés. Si la RDC et le Rwanda ont procédé à un spectaculaire rapprochement au début de l'année après 15 ans de conflit direct ou indirect, menant ensemble une opération conjointe pour nettoyer la RDC des FDLR, il n'en demeure pas moins que de nombreux officiers des Forces armées de la RDC ferment les yeux sur les agissements des Hutus des FDLR -dont un grand nombre sont recrutés dans les pays voisins.

Ce n'est pas la première fois que des Burundais interviennent dans les conflits déchirant la RDC : fin 2008, le général Laurent Nkunda disposait de miliciens du Burundi lors de son offensive au Kivu. Auparavant, ceux-ci avaient été recrutés par les milices traditionnelles Maï-Maï qui attaquent tous ceux qu'elles considèrent comme des étrangers dans la région du Kivu.

Des recruteurs pour les FDLR opèrent donc en toute impunité ou presque sur la frontière entre la RDC et le Burundi, proposant des offres alléchantes (jusqu'à 500 dollars, soit bien plus que les primes de démobilisation offertes par l'Etat burundais) et des dizaines de combattants transitent par cette voie. Des Burundais auraient lancé l'assaut sur une prison en avril qui a abouti à l'évasion de plus de 220 rebelles.

mercredi, 12 août 2009

Fin de la démobilisation au Burundi

440.jpgLe dernier contingent d'ex-combattants FNL burundais est parti il y a deux jours du camp militaire de Rugazi vers le centre de démobilisation de Gitega. Il compte 576 hommes. Ils toucheront un salaire cumulé de 9 mois pour leur ancien grade FNL, puis 9 mois supplémentaires par versements tous les trois mois. Pour les aider à monter des projets de réinsertion, 600 000 francs burundais seront débloqués pour chacun.

C'est ainsi la fin du programme Démobilisation, Désarmement et Réinsertion, entamé en avril 2009 et qui a concerné quelques 16 948 anciens combattants. Une première phase de ce même programme, entre septembre 2004 et décembre 2008, avait pris en charge 26 623 autres ex-combattants de 6 mouvements rebelles ayant participé à la guerre civile au Burundi. La Banque Mondiale a largement contribué au financement du programme. Des représentants de l'Ouganda et de la Tanzanie supervisaient le processus, tandis que l'Afrique du Sud s'était faite principal médiateur dans le conflit.

Cette même campagne a aussi permis la récupération de quelques 46 000 armes à travers les provinces du Burundi. La cohabitation des ex-combattants en phase de démobilisation avec la population n'a pas été facile, et un problème demeure : certains ex-rebelles, recrutés en République Démocratique du Congo ou en Tanzanie, n'ont pas d'attaches dans le pays, et risquent de se reconvertir en bandits de grand chemin pour survivre.

Photo :  le député Jean-Claude Nduwimana rend un fusil, deux grenades et des tenues militaires.

lundi, 18 mai 2009

Le "syndrome Rambo" : de la difficulté de réintégrer des anciens miliciens dans la société civile au Burundi

285.jpgLe gouvernement du petit Etat du Burundi a actuellement bien du mal à faire revenir à la vie civile les anciens rebelles hutus des Forces Nationales de Libération (FNL), mouvement militaire qui s'est transformé depuis en parti politique.

3 500 miliciens ont été réintégrés dans la police et l'armée, mais 5 000 autres patientent toujours en attendant leur incorporation tandis que 10 000 ont purement et simplement été réexpédiés dans leurs foyers munis d'un maigre viatique. Mais beaucoup comme Jonas, cet ex-milicien de 24 ans, sont déçus de ne pas avoir pu entrer dans l'armée, et menacent de faire usage de leurs armes.

Il semble par ailleurs que les primes de démobilisation aient dans certains cas été détournées par des intermédiaires peu scrupuleux. En réaction, les ex-miliciens s'organisent en bandes armées et s'attaquent aux populations avoisinantes, menaçant de mort les administrateurs des communes.

Autre problème : les ex-miliciens réincorporés dans les forces de sécurité (2 100 dans l'armée en 5 bataillons formant une brigade, chaque bataillon étant dispatché dans l'une des 5 zones militaires du pays, et 1 400 dans la police) n'ont pas conservé leur grade paramilitaire, ce qui engendre bien des frustrations. Passer de colonel à caporal, évidemment, n'est pas facile à digérer...

Le 11 mai dernier, les ex-combattants FNL ont ainsi bloqué l'une des routes du Burundi ; par ailleurs, ce problème non résolu n'est peut-être pas sans rapport avec la recrudescence d'un banditisme rural dans le sud du pays.

Parallèlement à ces troubles, 340 enfants-soldats, ex-combattants des FNL, se sont également mutinés dans un centre de démobilisation au milieu du Burundi. Armés de gourdins, ils ont brisé les vitres de leurs bâtiments et se sont répandus en ville, causant de nombreux blessés. Leur comportement s'explique sans doute par le manque de nourriture et de vêtements appropriés.