samedi, 17 octobre 2009

Les derniers numéros de Champs de bataille

CdB29-couv-29.jpgPetit retour sur les derniers numéros de Champs de bataille parus pendant mon silence forcé d'un mois et demi.

Dans la revue "traditionnelle", l'avant-dernier numéro, le 29, propose un article concernant l'Afrique : la guerre italo-turque de 1911-1912, la conquête de la Lybie, rédigé par Raphaël Schneider. L'article est bien construit et bien illustré ; dommage que l'auteur, intervenant régulier de la revue, ne mentionne jamais ses sources, d'autant plus qu'il y en a beaucoup, c'est sûr, puisque la qualité est là. Mais je ne désespère pas de voir apparaître un jour une bibliographie ! A lire, en tout cas. Dans la rubrique Faits de guerre, on peut aussi parcourir le récit de la prise de Wolmi-Do, cet îlot stratégique pour le débarquement américain à Inchon, pendant la guerre de Corée, en septembre 1950 : écrit par un spécialiste de la question, Frédéric Ortolland. Les autres articles m'ont moins intéressé tout simplement parce que les sujets m'étaient plus familiers : mea maxima culpa !

Champs de bataille Seconde guerre mondiale n°3 s'organise autour d'une revue de certaines grandes opérations des Fallschirmjäger. Si l'article sur la Crète n'est pas très original -je veux dire par là qu'on le traite souvent, en fait-, il faut en revanche mentionner celui, beaucoup plus exotique, sur les combats en mer Egée à l'automne 1943 qui tournèrent à l'avantage des Allemands : une défaite britannique méconnue, et l'on comprend pourquoi, les Anglais n'ayant aucun bénéfice à s'étaler sur le sujet. A lire et à creuser par d'autres lectures, sans aucun doute.

 

cdb-sgm03-couv-03.jpgEnfin, le Champs de bataille Thématique n°11, cerise sur le gâteau : écrit par Stéphane Moronval, qui avait déjà livré à la revue un excellent article sur la fameuse bataille de Zéla -fameuse surtout par les mots de Jules César, passés à la postérité : Veni, Vidi, Vici-, ce hors-série traite des premières guerres entre Romains et Parthes. C'est bien construit, très bien illustré et basé sur une bibliographie courte mais efficace (ouvrages universitaires et d'autres plus grand public). On ressort bien moins bête de cette lecture. Recommandation de lecture du moment !

Pour les deux derniers magazines, l'illustration se retrouve bonifiée par les contributions d'un nouveau dessinateur : Stéphane Lagrange (encore un Stéphane !), qui officie par ailleurs dans la revue Spangelhelm. A voir notamment ses planches dans le Thématique sur l'affrontement Romains-Parthes, très agréables à l'oeil.

 

 

 

 

thema11-couv-011.jpg

vendredi, 16 octobre 2009

Frédéric LASSERRE, Emmanuel GONON, Manuel de géopolitique. Enjeux de pouvoir sur des territoires, collection U, Paris, Armand Colin, 2008, 347 p.

41zSRKtRvhL._SS500_.jpgVoici une fiche de lecture que j'ai eu l'occasion de rédiger pour mes collègues professeurs d'histoire-géographie, elle a été mise en ligne sur l'excellent site des Clionautes. D'autres suivront bientôt sur mes lectures depuis un mois et demi !

 

 

Frédéric Lasserre est professeur de géographie à l'université Laval de Québec. Il travaille actuellement autour de thématiques sur l'eau, notamment la gouvernance de l'eau sur les continents américains. Il est aussi directeur de l'Observatoire de Recherches Internationales sur l'Eau (ORIE), chercheur à l'Institut québécois des Hautes Études internationales (IQHEI), chercheur associé à la Chaire Raoul Dandurand en Études stratégiques et diplomatiques (UQÀM) et à l'Observatoire européen de géopolitique (OEG).


Avec Emmanuel Gonon, autre chercheur en géographie, Frédéric Lasserre se propose dans ce manuel de revenir sur des notions, géopolitique et géostratégie, un peu trop galvaudées par de multiples intervenants au sein des médias quand il s'agit de l'actualité immédiate -questions politiques, sociales ou militaires par exemple. La géopolitique est vue ici comme une méthode vidant à analyser les enjeux de pouvoir sur les territoires (d'où le sous-titre) dans une approche multidisciplinaire, et pas seulement géographique.


L'introduction résume assez bien les ambitions de l'ouvrage : la géopolitique est en effet revenue « à la mode », pour ainsi dire, depuis la fin de la guerre froide, alors qu'elle était, précédemment, particulièrement mal considérée. Mais ce retour a tendance à se faire sous l'angle de la simplification et du déterminisme, à l'encontre de deux éléments, fondamentaux, pour les auteurs de l'ouvrage : la question des représentations et celle de la multiplicité des acteurs. Toute géopolitique ne peut être approchée que par une étude pluridisciplinaire, faisant à appel à d'autres disciplines (histoire, sociologie, etc), tout en étant réalisée sur différentes échelles. Le livre répond à ses problématiques en trois parties : la première cherche à donner des pistes sur la méthode, la deuxième présente les trois grandes écoles de géopolitique tandis que la troisième et dernière partie propose des sujets d'étude appropriés qui permettent de valider les points importants acceptés dès l'introduction comme constitutifs de la méthode géopolitique.


La première partie permet de définir la géopolitique : un discours structuré, étayé par des observations de terrain, destiné à expliquer les enjeux de pouvoir sur les territoires, sans basculer dans la généralisation appauvrissante. Au coeur de cette conception se trouve la territorialité, c'est à dire l'ensemble des pratiques et des représentations attachées à un territoire. Sur ce concept viennent se greffer des outils d'analyse propres à la géographie, comme le couple centre-périphérie ou les réseaux, qui permettent d'expliquer à leur tour plus précisément la territorialité. Toute analyse géopolitique, d'ailleurs, ne peut se faire que sur un plan multiscalaire pour souligner les intersections et les chevauchements selon les échelles, qu'elles soient temporelles ou spatiales.


La deuxième partie revient sur l'histoire de la géopolitique, qui n'est pas figée : elle naît au XIXème siècle, dans une époque tourmentée en ce qui concerne le rôle attribué à la science ; la géopolitique devient un outil, puis une science exacte dont l'objectif vise à produire des lois destinées à expliquer l'histoire. Elle doit être au service de l'Etat. L'association de certains géographes avec les régimes fasciste et nazi a contribué à discréditer la géopolitique. Ce sont les politologues qui s'en emparent, ensuite, dans le cadre de l'analyse des relations internationales. Les géographes n'y reviennent que fort tardivement.

- Historiquement parlant, la première école géopolitique est celle dite matérialiste, illustrée par des noms comme Friedrich Ratzel (1844-1904), Rudolf Kjellen (1864-1922), l'amiral américain Alfred Mahan (1840-1914), Sir Halford Mackinder (1861-1947), Nicolas Spykman (1893-1943) et, dans l'Allemagne de l'entre-deux-guerres, par Karl Hausofer (1869-1946). Pour cette école, c'est surtout le milieu naturel qui détermine les relations entre Etats et leur niveau respectif de puissance, d'où l'appellation de « matérialiste ». L'Etat est au centre de cette école dont le but est de dégager des lois intangibles d'explication des phénomènes géopolitiques. Certains auteurs contemporains tiennent encore de cette école : Jordis von Lohausen, Gérard Montrifroy, le général Pierre Gallois, J.M.R. Sauvé par exemple. Cette école de géopolitique souffre de plusieurs failles : en plus du déterminisme, elle a souvent débordé sur l'action politique. On a déjà évoqué les liens avec les nazis, mais plus récemment elle a inspiré le régime de Pinochet. En sus de confiner au sophisme, elle pèche également par la finalité, à savoir trouver des lois exactes valables pour toutes les situations. Elle véhicule aussi une certaine fatalité géographique, dans le cadre d'analyses destinées à des stratégies gouvernementales. Elle reste finalement prisonnière de son contexte d'origine : le positivisme et le darwinisme social, très présent dans les explications fournies. L'école française de géographie a rejeté ce modèle, mais ne l'a pas compensé par une géographie politique différenciée, qui est relativement absente des travaux des premiers géographes de l'époque vidalienne.

- La deuxième école de géopolitique, dite géoréaliste ou étatiste, apparaît après la Seconde guerre mondiale : elle émerge aux Etats-Unis et arrive en Europe plus tard, dans les années 80. Elle est illustrée par des noms comme Colin Gray, Samuel Huntington ou Marie-France Garaud. L'Etat est encore au centre de l'analyse, mais dans une perspective, cette fois-ci, de « somme de tous les conflits » : ce sont les relations entre Etats et les facteurs de puissance qui sont privilégiés. D'où une volonté de modélisation qui peut aboutir à des simplifications très contestables, l'exemple le plus fameux étant celui du Choc des civilisations de Samuel Huntington. Huntington construit une grille d'analyse qu'il applique à des événements qui, comme par hasard, viennent confirmer ses hypothèses. L'école géoréaliste cantonne en fait la géographie à l'espace et à une vision tout à fait statique de la discipline -un catalogue de lieux. Or la géographie a gardé, à travers la guerre froide et ensuite, toute sa capacité d'analyse des enjeux spatiaux. L'école géoréaliste utilise en fait la géopolitique comme argument de promotion pour ce qui revient, en fait, à l'analyse des relations internationales, un peu sur le même procédé que l'école matérialiste. Notons d'ailleurs que le Petit Robert 1995 définit ainsi la géopolitique : « l'étude des rapports entre les données naturelles de la géographie et la politique des Etats », symbole de la permanence de l'approche matérialiste.

- L'école géographique, dernière école en date pour la géopolitique, naît timidement dans les années 50 : on citera Josué de Castro et sa Géopolitique de la faim dont on reparle beaucoup depuis les émeutes de 2008. Des études sur la frontière, notamment au Canada, au Québec, relancent l'intérêt pour la géopolitique. En France, c'est Yves Lacoste qui contribue à la réintégration de la géopolitique dans le discours géographique, avec La géographie, ça sert d'abord à faire la guerre (1976) et la création de la revue Hérodote. La démarche consiste à expliquer les rivalités de pouvoir sur les territoires, mais aussi les représentations qui les sous-tendent et les discours qui les justifient. Michel Foucher, qui a travaillé sur l'Amérique latine, s'intéresse particulièrement aux représentations. Cette école met donc en avant l'étude multiscalaire et multivariée. Les débats épistémologiques persistent, notamment sur l'articulation de la géopolitique avec une pratique politique, articulation souvent dénoncée alors qu'elle est absente. La géopolitique ne connaît pas « la fin de l'histoire » prédite il y a quelques années : elle a même intégré certains aspects de la géoéconomie dans l'explication de l'organisation de l'espace.


Dans la dernière partie, il est question des champs d'action de la géopolitique. Les frontières, ruptures et interfaces, demeurent le terrain privilégié de la géopolitique, car elles restent des marqueurs majeurs des sociétés. Les ressources sont un autre champ important, car elles suscitent toujours un contrôle et une certaine organisation de l'espace. Atouts économiques, elles peuvent servir à consolider l'emprise sur un territoire et aussi, à des projections externes, tout en entraînant des rivalités et des conflits. La géopolitique entretient également un rapport étroit avec la géoéconomie : on est loin d'une « fin de la géographie », puisqu'on assiste seulement à un recul du rôle de l'Etat et de son territoire dans l'analyse, simplement. La mondialisation renforce même le rôle de la géographie.


En conclusion, les auteurs insistent bien sur l'idée que la géopolitique ne peut suffire à expliquer le fonctionnement du monde : elle y participe, point final. Ce qui jette à bas toute idée de loi générale telle qu'elle peut être défendue par l'école matérialiste. La géopolitique avancée par l'école géographique est beaucoup plus empirique : elle croise les échelles et les disciplines pour souligner les emboîtements des configurations spatiales. Les divergences entre les écoles tiennent en fait à la différence de finalité : pour les deux premières, il s'agit d'alimenter une action politique centrée sur le rôle de l'Etat. Or cette approche est loin d'épuiser l'explication. L'appareil gouvernemental privilégie l'efficacité immédiate au caractère scientifique : dans ces conditions, on ne peut aboutir qu'à une simplification de la réalité. L'école géographique fournit, en fait, des analyses a posteriori. Tout modèle explicatif général a priori est donc exclu. C'est bien la capacité à rendre compte de la complexité des enjeux de pouvoir sur les territoires et les espaces qui fait la valeur de la géopolitique.


Dans le cadre de l'enseignement de la géographie au lycée, plusieurs exemples géopolitiques de l'ouvrage sont intéressants :


  • dans la première partie, au sujet de l'instrumentalisation des représentations, celui de l'éclatement de la Yougoslavie en 1990-1991 ; sur les réseaux, celui du Triangle d'Or. Pour l'approche multiscalaire, on peut reprendre l'exemple de la vallée du Ferghana et le problème de la place d'Israël au Proche-Orient ; l'Afghanistan, version moderne du Grand Jeu, les conflits de l'Afrique des grands lacs, enfin la mer de Chine du Sud sont étudiées de manière poussée.

  • Dans la troisième partie, sur la question des ressources, il y a un bon développement sur le pétrole et un autre intéressant sur les forêts du sud-est asiatique (à relier avec l'explication du Triangle d'Or en ce qui concerne les réseaux). Pour les relations entre géopolitique et géoéconomie, le cas du passage du Nord-Ouest, changements climatiques et passages stratégiques au XXIème siècle, m'a semblé très bien fait.

Nouveaux blogs

Je signale quelques nouveaux blogs intéressants apparus depuis ma cessation d'activité fin août :

 

- Good Morning Afrika, blog de Sonia Le Gouriellec, doctorante en Sciences Politiques à Paris V. Créé le 21 septembre dernier, ce blog compte déjà 15 billets. Son auteur est spécialisé sur la Corne de l'Afrique mais traite d'autres régions africaines, cependant.

- Géopolitique du Moyen-Orient et de la Corne de l'Afrique, de Marc Lavergne, géographe spécialiste de ces deux ensembles géographiques.

- Après Histoire Géo en Terminale, voici Histoire Géo en Première de Richard Tribouilloy. A découvrir.

 

 

Retour

Rebonjour à tous.

Me revoilà après un bon mois et demi d'absence dû à ma nouvelle activité professionnelle, qui me prend encore beaucoup de temps -et c'est bien normal.

Je vais tâcher de me remettre au travail ici plus régulièrement, toujours en liaison avec les blogs "amis". D'ailleurs plusieurs nouveaux blogs sont apparus pendant mon absence, dont un sur l'Afrique, ce dont il faudra reparler, bien sûr.

En prime, j'ai encore deux articles pour la revue Champs de bataille à écrire d'ici à début 2010.

A bientôt donc !

jeudi, 27 août 2009

L'enseignement, enfin...

Et voilà, j'ai su tout à l'heure le lieu de mon affectation de stagiaire (merci au syndicat SNES-SUP qui nous donne deux jours de plus pour se préparer...), mes niveaux de classe et même, ô miracle, mon emploi du temps.

Voici le temps de découvrir, enfin, l'enseignement, et de se jeter corps perdu dans cette grande aventure, bien loin sans doute des discours théoriques et autres réflexions estudiantines formulés par moi et mes collègues ces dernières années...

L'activité du blog s'en voit interrompue pour l'instant, jusqu'à une date indéterminée... bonne continuation à tous mes collègues blogueurs, que j'ai rencontrés ici ou là depuis deux ans !