samedi, 12 décembre 2009

Guerre en bulles

51fAZXmqvsL._SS500_.jpgDeux bandes dessinées lues également au cours du mois écoulé où je n'ai rien posté ici.

La première, qui entame une nouvelle série, est Unité FELIN, tome 1 : Opération Minotaure. Rien de bien original sous le soleil, mais c'est efficace. Le dessin, assez classique, fait presque penser aux Buck Danny, si ce n'est que le trait et les couleurs sont beaucoup plus fins, un sérieux lifting donc en comparaison des aventures du colonel de l'US Air Force. Le scénario est assez conventionnel mais bien ficelé. Néanmoins, la BD manque un peu de profondeur, ce qui se comprend si l'on a à l'esprit que l'Armée de Terre et SAGEM sont partenaires de l'aventure ; l'aspect promotionnel autour de l'équipement FELIN (voir vidéo ci-dessous), destiné à équiper l'ensemble de l'armée française d'ici quelques années (au mieux), est évident. Néanmoins, les aficionados du genre comme moi peuvent y trouver leur compte.

La présentation de la BD sur le site de l'éditeur ici.

La deuxième BD, qui entame elle aussi plusieurs tomes, s'intitule Le Grand Duc, tome 1 : Les Sorcières de la nuit. Le Grand Duc est le fameux chasseur de nuit allemand, le Heinkel 219 Uhu (voir vidéo ci-dessous). L'action se déroule sur le front de l'Est pendant la Seconde guerre mondiale (il est question du Kouban en 1943, mais les paysages visibles dans l'album ne confirment guère ce texte) et met en scène un pilote de la Nachtjagd allemande (chasse de nuit), antinazi, faisant face à la fois aux Soviétiques, incarnés ici par les fameuses femmes pilotes opérant de nuit, et à sa hiérarchie et ses subordonnés, demeurés quant à eux largement nazis. Le scénario est classique, plutôt moyen, contrairement au dessin, très agréable et très détaillé : c'est particulièrement vrai pour les avions, les auteurs ont visiblement pioché dans de bonnes sources (Herbert Léonard par exemple qui, c'est peu connu, est un grand passionné de l'aviation soviétique). Les véhicules terrestres, en revanche, sont déjà moins réussis pour certains. Un deuxième tome est déjà paru : Camarade Lilya. A suivre car cette BD vaut le détour.

La présentation de la BD sur le site de l'éditeur ici.

Source des images : Amazon.fr

 

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Autres lectures...

9782702434376FS.gifDeux lectures plus divertissantes au milieu de ce monceau de livres d'histoire... un roman de Serge Bramly, La danse du loup, qui reste articulé à l'histoire quand même, puisque l'action se déroule dans la Florence de Savonarole et met en jeu la falsification de manuscrits d'auteurs antiques perdus pour les hommes de la fin du Moyen-Age...

Dans un tout autre genre, Chasseurs Gris, de William King, qui met en scène une unité de Space Marines issue du monde du jeu de plateau Warhammer 40 000. Pas très fin, mais des moments bien racontés et construits, malgré un dénouement quelque peu décevant.

Sources des images : Decitre.fr et Priceminister.com.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Derniers numéros de Champs de bataille

CdB30-couv-30.jpgUn petit tour rapide des deux derniers numéros de la revue Champs de bataille.

Le n°30 de la revue "classique" comprend deux articles qui valent le détour : celui sur la guerre d'indépendance du Texas (1835-1846) et surtout celui sur la bataille de Kadesh, dû comme toujours dans le magazine pour l'Egypte ancienne à Michel Sancho. Passionnant.

 

Champs de bataille Seconde guerre mondiale n°4 est essentiellement consacré à la bataille des Ardennes (décembre 1944-janvier 1945). Je n'ai personnellement pas appris grand chose sur le sujet car c'est une campagne que je connais assez bien. Plus intéressants pour moi, la lecture des articles secondaires sur les deux bataillons de paras SS (500. et 600.) et sur le percement de la Ligne Gothique en Italie par les Alliés, fin 1944. J'avais moi-même il y a déjà quelques années rédigé un article sommaire sur l'opération Rösselsprung, la tentative de capture de Tito par une opération aéroportée mettant en ligne le 500. SS-Fallschirmjäger-Bataillon. Ma méthode est plus aboutie pour la rédaction d'articles aujourd'hui ! Je conseille cependant la visite du site Histoquiz sur lequel on trouve des choses intéressantes.cdb-sgm04-couv-04.jpg

dimanche, 06 décembre 2009

Lectures du mois écoulé en vrac...

Voici un petit bilan de mes lectures scientifiques (ou non parfois) depuis le dernier billet datant du début du mois de novembre...

 

51TraEqlOQL._SS500_.jpgPlusieurs livres, d'abord, achetés en prévision d'un article à destination de la revue Champs de bataille sur la reconquête de la Crimée par les Soviétiques en 1944, article ajourné à une date indéterminée pour l'instant. L'ouvrage d'Alex Buchner, vu seulement du côté allemand, est très inégal : certains chapitres sont touffus, d'autres beaucoup moins. Mais le récit est trop monocolore : dommage. Je signale par contre deux livres de la plume, entre autres, de David Glantz, grand spécialiste du front de l'est côté soviétique : Slaughterhouse. The handbook of the Eastern Front, qui se veut une sorte d'encyclopédie du front russe, et When Titans clashed, un bon ouvrage de synthèse sur la Grande guerre patriotique.

Pour mon article dans Champs de bataille, à paraître bientôt, j'ai lu un excellent ouvrage de l'historien Ronald Grigor Suny : The Making of the Georgian Nation (cela vous donne une piste pour trouver le thème de mon article !). Je le recommande car il est vraiment excellent et il n'y a pas d'équivalent qui soutienne la comparaison en français. Dans le même but, j'ai également dévoré le récit d'Evan Mawdsley : The Russian Civil War. Passionnant.

J'ai également eu l'occasion de lire la fameuse synthèse d'Alain Demurger, grand historien spécialiste des ordres religieux militaires, sur les Templiers. Très 531535030_L.jpgcomplet : il ne manque qu'une conclusion générale à la fin !

 

Deux ouvrages plus rapides à lire : le Découvertes Gallimard sur Goya, écrit par Jeannine Baticle, et le Que-Sais-Je sur la Vème République de Jean-François Sirinelli (un peu trop répétitif par endroits à mon goût). Dans la collection Que-Sais-Je, j'ai également parcouru celui sur les Incas d'Henri Favre, très instructif pour celui qui maîtrise mal le sujet. A signaler également l'excellente synthèse de Jean Guiffan sur la question d'Irlande.

J'ai également terminé la Géopolitique de l'Iran chez Complexe : intéressant mais les cartes ne me satisfont pas. Patrice Brun, célèbre historien de l'Antiquité grecque, a sorti une intéressante étude sur la bataille de Marathon : à lire pour tous les amateurs d'histoire militaire antique ou autre, d'ailleurs.

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 Dans un autre sujet, on lira avec plaisir cet ouvrage sur la Renaissance dans les cours italiennes d'Alison Cole, très bien illustré. Ouvrage plus polémique, au sens littéral du terme, celui sur l'intégration de la Turquie à l'Europe : enrichissant pour se forger sa propre opinion sur le sujet.

Pour terminer, deux ouvrages : un classique, la biographie de Clovis par Michel Rouche (qui vient d'ailleurs d'en sortir une autre sur Attila), et un livre plus original sur le Grand Jeu au XIXème siècle en Asie centrale, qui revient sur le devant de la scène aujourd'hui, très intéressant.

 

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Renaud LE GOIX, Cyrille SUSS, Julien DANIEL, Atlas de New York, Atlas/Mégapoles, Paris, Autrement, 2009, 88 p.

2-7467-1325-3.jpgLes éditions Autrement, déjà friandes d'atlas sur les sujets brûlants de l'actualité (j'ai récemment fait la recension de celui consacré aux mafias), développent actuellement une nouvelle collection dans leurs tiroirs : Mégapoles. La collection compte d'ores et déjà deux volumes : un sur Shanghai, et un sur New York, que je me propose de présenter ici. L'ouvrage a été écrit par Renaud Le Goix, maître de conférences à l'université de Paris I, spécialiste des espaces périurbains en France et aux Etats-Unis. Les cartes sont dues à Cyrille Suss, qui avait déjà illustré le remarquable atlas de la collection « traditionnelle » d'Autrement sur la Russie, rédigé par Pascal Marchand. Les photos -car c'est une nouveauté de cette collection- ont été prises, quant à elles, par Julien Daniel.


Comment se présente ce volume ? Le rabat de couverture distingue les définitions de métropole, mégapole et mégalopole, ce qui est appréciable avant de se lancer dans la lecture. Le sommaire de l'atlas se découpe en cinq parties : histoire, New York ville mondiale, au coeur de la ville, la mégapole et sa région, et quel avenir pour New York, pour terminer. Les trois parties centrales correspondant à trois échelles qui accompagnent les définitions de l'encart de couverture : la collection se veut une présentation de la ville traitée à l'échelle mondiale, urbaine et enfin régionale ; on peut toutefois s'étonner quelque peu de cet ordre, pas très orthodoxe. Mais qu'importe : nous voilà partis dans la lecture, qui commence par un savant montage de trois photographies : New York vu d'un gratte-ciel la nuit, un quartier aisé, et un quartier défavorisé. L'enjeu du livre se retrouve déjà subtilement résumé en trois photos, suivies immédiatement après de cartes de situation générales.


L'introduction pose la problématique de l'atlas : New York n'est déjà plus la première ville mondiale sur bien des points, et pourtant, elle reste un centre mondial, malgré les attentats du 11 septembre 2001, malgré la crise actuelle. Ville interface de la mégalopole américaine, ville de la vitesse, où sont concentrées des élites financières et culturelles : quelles sont les différentes dimensions de la mégapole new-yorkaise ? Histoire calquée sur celle des Etats-Unis, centralité économique, politique et culturelle sur le plan international ; centralité mondiale expliquant la densité d'une ville très fragmentée, politiquement et socialement. Ville phare de la mégalopole américaine, mais dont les privilèges sont menacés par la lancinante question de l'aménagement et la nécessité de maintenir son rang mondial.


La partie historique se limite à quelques cartes qui vont jusqu'à 1898 ; on aurait aimé en avoir quelques-unes de plus sur le XXème siècle. Il y a par contre deux cartes intéressantes sur la croissance verticale de la ville et sur les conséquences des attentats du 11 septembre 2001 pour le quartier concerné. La deuxième partie sur New York, ville mondiale, est peut-être la meilleure de l'atlas : les différents atouts de la cité sont passés au crible avec force illustrations et photographies. La troisième, qui effectue une plongée au coeur de la ville, est presque équivalente, ne seraient les cartes sur les contrastes sociaux (p.45, carte du haut p.49) ou celle des cinq générations de suburbs (p.47) qui gagneraient à être plus lisibles. Chapeau bas en revanche pour le tour d'horizon des éléments culturels (universités, parcs et espaces verts, spectacles). La quatrième partie sur l'intégration régionale vaut à mon avis surtout par la présentation détaillée de ce qui constitue la Mégalopolis, terme issu de la plume de Jean Gottmann. La dernière partie, enfin, sur l'avenir de New York, est trop condensée : le développement durable est un peu évacué, et l'on s'attarde surtout sur des déséquilibres socio-économiques dont on aurait qu'ils soient mis en carte (Sida et HIV, taux de mortalité infantile p.77). Un point intéressant toutefois sur la volonté de New York de garder son rang au niveau mondial (projet de reconstruction dans le Lower Manhattan).


La conclusion présente New York comme une ville en mouvement perpétuel. La ville globale est portée depuis les années 80 par le capitalisme financier qui détermine les mouvements aux autres échelles, régionale ou urbaine. Comme les autres villes américaines, New York souffre de sa faiblesse institutionnelle et fiscale face à l'Etat fédéral : le zonage établi par la municipalité au début du XXème siècle s'est maintenu et a renforcé les divisions sociales et spatiales existantes. Le retour de la population vers le centre de la mégapole constitue aussi un autre facteur de renforcement des inégalités sociales. La ville crée autant de richesse que de pauvreté : si la mixité est acquise dans les pôles secondaires périphériques, elle tarde à s'installer dans le centre. Et d'autant plus que les opportunités offertes par les destructions dans le Lower Manhattan et la désindustrialisation ont été récupérées pour investir dans des bureaux ou des équipements de prestige. Maintenir l'activité économique du centre à flot, maintenir son rang dans la compétition mondiale des mégapoles du XXIème siècle : tels semblent bien être les objectifs new-yorkais en cette année 2009.


Les annexes de l'atlas comportent un extrait de revue, Impressions de New York, ainsi qu'une vingtaine de chiffres résumant les caractéristiques de la ville (pourcentages, etc). On trouvera également une dizaine de biographies synthétiques des personnages importants de la cité mentionnés dans le texte. La bibliographie est conséquente et commence d'ailleurs par une section « Romans, fictions, bandes dessinées », ce qui est incontournable au vu du sujet. Une sitographie suit. L'avant-dernière page, point intéressant, est consacrée à une note méthodologique sur certaines cartes de l'ouvrage et leur réalisation, par exemple celle de la p.45 que je trouvais peu lisible tout à l'heure. Le point mérite d'être souligné.


Au final, que retenir de cette nouvelle collection des éditions Autrement ? L'apport intéressant des photos, une définition de la collection et des enjeux nette et précise, une savante architecture, et des annexes bien fournis. Mais toutes les parties du texte ne se valent pas, ce qui est sans doute fréquent dans ce type d'ouvrage. Ne boudons cependant pas notre plaisir : la lecture vaut le détour, et mérite d'être faite, ne serait-ce que pour succomber à l'appel de New York, New York !

Jean-François ROUSSEAU et Olivier DURAND, Rodolphe DE KONINCK (dir.), Une seule terre à cultiver. Les défis agricoles et alimentaires mondiaux, Géographie contemporaine, Québec, Presses de l'Université du Québec (PUQ), 2009, 176 p.

agro_defis.gif Jean-François Rousseau est candidat au doctorat à la National University of Singapore et agent de recherche à la Chaire de recherche du Canada en études asiatiques. En plus de s’intéresser aux questions agricoles, ses recherches portent sur les fleuves transnationaux de la Chine et de l’Asie du Sud-Est. Il bénéficie du soutien du Conseil national de recherches en sciences humaines du Canada. Olivier Durand est technicien horticole, ingénieur agronome et anthropologue. Son envie de découvrir divers modèles agricoles l’a amené à travailler aux champs un peu partout dans le monde : France, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suisse, Côte d’Ivoire, Guadeloupe, Japon, Thaïlande et Bolivie. Pour répondre, à sa manière, aux défis agricoles et alimentaires mondiaux, il développe son expertise technique (environnementale et économique) en productions légumières. Rodolphe de Koninck, professeur de géographie, a rejoint les rangs de l’Université de Montréal à titre de titulaire de la Chaire de recherche senior du Canada en études asiatiques. Il est ainsi rattaché au Centre d’études de l’Asie de l’Est, tout comme au département de géographie, où il enseigne.


La collection Géographie contemporaine propose une tribune, non seulement aux géographes, mais aussi à tous les autres spécialistes d'autres disciplines intéressés par les problématiques territoriales, autour de plusieurs thèmes : la mondialisation, l'environnement, et l'aménagement du territoire, les outils de traitement de l'information géographique, la redéfinition des groupes et des collectivités par rapport à l'espace. Les choix sont donc clairs. Cet ouvrage reprend, de fait, le nom d'un atelier éponyme mis en place par la Chaire de recherche du Canada en études asiatiques, le Centre d'Etudes de l'Asie de l'Est de l'Université de Montréal et le Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal.


L'introduction présente les enjeux : l'agriculture, qui a d'abord la charge de nourrir la population, n'en est pas moins une forme d'art, et elle joue un rôle culturel. C'est une activité qui concerne aujourd'hui l'ensemble des sociétés et des Etats, puisque les investissements consentis dans l'agriculture voient leurs coûts partagés entre agriculteurs et autres composantes des sociétés. Les différentes formes de soutien à l'agriculture sont au coeur des débats assez houleux que connaît de nos jours l'OMC. C'est d'abord parce que l'agriculture est une forme d'activité très liée à son environnement géographique, ce qui n'est pas sans conséquence. Mais qu'est-ce-que l'agriculture ? Pour la Banque Mondiale, c'est la combinaison des productions céréalières, aquacoles et agroforestières, auxquelles s'ajoutent celles de l'élevage. L'agriculture est revenue au centre des préoccupation dans le monde car c'est un secteur en crise, une opinion traduite notamment dans le rapport de cette même Banque mondiale de 2008, intitulé Rapport sur le développement dans le monde. Une agriculture au service du développement. La thématique n'était plus apparue depuis 1982... si le rapport reconnaît l'échec des politiques d'ajustement structurels des grands bailleurs de fonds internationaux à partir des années 1980, il n'évoque pas le rôle important de la grande agriculture industrielle et se propose d'aider en priorité les populations vivant avec moins de 1,8 dollars par jour, seuil tout à fait insuffisant. Les auteurs font systématiquement le parallèle entre la situation mondiale et celle du Canada : un rapport, le rapport Pronovost, a été publié en février 2008, soulignant les forces et les faiblesses de l'agriculture québecoise. Les deux rapports soulignent la crise que traversent les systèmes agricoles mondiaux : l'agriculture n'arrive plus à remplir les fonctions qui lui sont dévolues. Plusieurs phénomènes sont apparus qui ont entraîné cette crise : la généralisation du libéralisme économique provoquant l'émergence de nouveaux acteurs, qui modifient eux-mêmes le rôle des Etats et des organisations internationales. Le secteur commercial a également beaucoup évolué. Autre-problème, le sous-financement chronique du secteur agricole, particulièrement dans les pays en développement : le manque d'infrastructures, qui s'ajoute aussi, souvent, à une gouvernance défaillante, n'arrange rien. Le but de l'ouvrage est donc de répondre à ces questions, à l'échelle mondiale, aire d'étude justifiée par les remarques précédentes. Le livre se divise en deux parties : la première divise les principaux défis de l'agriculture et de l'alimentation mondiales en 3 catégories, comprenant 10 défis chacune, chaque catégorie regroupant 2 sous-catégories à 5 défis. Chaque défi comprend une petite étude de cas en encadré. La seconde partie rassemble 23 interviews d'experts issues de l'atelier qui est à l'origine de l'ouvrage ; lesdits experts sont tous originaires du Canada mais apportent des points de vue assez variés.


Si l'on revient en détail sur la première partie, les défis sont regroupés autour de 3 catégories : les défis humains, les défis politico-économiques et les défis agro-environnementaux.


  • La première catégorie s'organise autour du diptyque producteurs/consommateurs : si pour le premier membre, l'on trouve 3 milliards d'individus dans la population agricole, les cultures et les systèmes de production opposent très nettement pays développés et en développement. Face à la mondialisation des échanges agricoles, les défis ne sont évidemment pas les mêmes pour tous. Quant au deuxième membre, les consommateurs, leur nombre se montera à 8 milliards en 2025. La production devra donc augmenter pour suivre le rythme, mais pas de la même façon partout : elle devra quintupler en Afrique, par exemple. C'est donc bien les pays en développement qui souffriront en premier d'une pénurie de ressources alimentaires.


  • La deuxième catégorie met face à face la libéralisation et la mondialisation des marchés agricole et alimentaire et l'arrivée d'un nouvel ordre mondial : quels sont les véritables coûts des aliments ? L'agriculture constitue encore un bon tiers du PIB des pays en développement, occupant les deux tiers de leur population active, alors que dans les pays riches, ces proportions sont des plus réduites. Le commerce des denrées agricoles représente seulement 7 % des échanges mondiaux, et concerne surtout des aliments transformés : vin, blé, boissons, soja. Les importations de denrées alimentaires ont beaucoup augmenté en 2008, en raison de l'accroissement des prix : la conjoncture profite donc aux exportateurs, souvent pays riches. Fin 2007, la FAO commence à prendre la mesure de la diminution des stocks mondiaux, les plus bas depuis 1983. Les prix s'en ressentent, et pourtant seulement 20 % du prix correspond à l'achat des matières premières sur la facture du consommateur occidental ; 30 % vont aux transformateurs et 50 % aux distributeurs. Recul de la production et déstockage risquent d'accentuer la faim dans le monde : les Nations Unies prévoient de nourrir à travers la planète 100 millions de personnes en 2009.


  • La troisième et dernière catégorie confronte l'environnement, les risques bioécologiques et climatiques, aux systèmes de production et aux systèmes alimentaires. Les terres émergées constituent 29 % de la surface terrestre, et 38 % de ces terres sont utilisés à des fins agricoles. Mais ces espaces sont menacés : désertification, terres dégradées, déforestation, développement hydroélectrique, surpopulation, pollution, élévation du niveau moyen de la mer, etc. 18 % des terres cultivées sont irriguées, mais la répartition par continents est très inégale, comme la productivité par travailleur : de 10 quintaux par an dans les pays du Sud à culture manuelle, contre 5 000 quintaux/an dans les agricultures industrialisées des pays riches. L'augmentation de la population forcera sans doute à doubler la production mondiale : les réserves de terres cultivables et les méthodes durables sont bien présentes, mais il s'agit aussi d'éliminer la pauvreté rurale et urbaine, qui constitue un problème de taille.


Dans la deuxième partie de l'ouvrage se trouvent les 23 compte-rendus d'experts. Il serait fastidieux d'en faire la liste. J'ai préféré regrouper dans un tableau la réponse de ces intervenants à trois questions identiques, que l'on retrouve dans chaque échange. Ce tableau offre une bonne vue d'ensemble.


Experts/Questions

Défi des 5 prochaines années

Défi des 10 prochaines années

Solutions

André Beaudoin secrétaire général de l'Union des producteurs agricoles du Québec

Prix des denrées alimentaires = coûts de production (en faveur des agriculteurs).

Implication de la société dans ces problèmes.

Engagement citoyen.

Stéphane Bernard professeur adjoint de l'université d'Ottawa, Ecole de développement international et mondialisation

Changements climatiques.

Reconstruire l'agriculture des Pays en Développement laminée par les pays riches et leurs subventions.

Soustraire l'agriculture aux règles du marché. Plus de spéculation sur les denrées alimentaires.

Bernard Bernier, professeur titulaire du département d'anthropologie, Université de Montréal.

Produire suffisamment pour toute la planète.

L'accès à la terre et l'utilisation à des fins agricoles.

Redistribution de la terre aux producteurs réels.

Frédéric Blaise, Président d'Enzyme.

Nouvelle forme de gouvernance mondiale.


Intervention des moins de 35 ans dans les débats.

Dominique Caouette, professeur adjoint, Université de Montréal, Département de science politique.

Réencastrer les marchés dans le politique et le social. Définir la souveraineté alimentaire.

Repenser le modèle économique privilégié.

Reprise du pouvoir citoyen et du pouvoir consommateur.

Eric Chaurette, chargé de programme Afrique Inter Pares.

Ruée sur les agrocarburants.

Les changements climatiques.

Souveraineté alimentaire = droit des Etats de favoriser des politiques agricoles destinées au marché intérieur, pas à l'exportation.

Jean-Pierre Chicoine, directeur des programmes outre-mer Oxfam-Québec

Retour de l'agriculture comme préoccupation mondiale.

Production vivrière prioritaire.

Création de richesses.

Guy Debailleul, professeur titulaire, Université Laval, Département d'économie agroalimentaire et sciences de la consommation

Négligence du secteur agricole + remise en cause du modèle de consommation occidental.

Créer dans les pays du Sud les conditions pour moderniser l'agriculture.

Reconnaissance de la souveraineté alimentaire pour les Pays en Développement. Mobiliser d'intenses moyens sur une longue période.

Rodolphe de Koninck, professeur titulaire, université de Montréal, département de géographie

Produire et consommer sans détruire la planète.

Produire et consommer sans détruire la planète.

Réduire les échanges mondiaux.

Favoriser l'agriculture végétarienne.

Favoriser l'aquaculture non destructrice.

Bannir les OGM et les agrocarburants.

Hélène Delisle, professeur titulaire, Université de Montréal, Département de nutrition

Faire face aux urgences = stocks bas.

Attention à la sécurité alimentaire.

Paix en Afrique pour lutter contre la pauvreté.

Marc Dion, sous-ministre, Ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec

Crise alimentaire mondiale

Environnement-énergie-santé.

Repenser la gouvernance mondiale.

Christophe Raoul Ewodo Président-directeur général Bioénergie et Biosécurité MSEC International Inc.

Utilisation équitable, rationnelle et durable des ressources alimentaires.

Assurer à toutes les nations la souveraineté alimentaire.

Souveraineté alimentaire davantage en évidence comme un droit humain.

Linda Gagnon, chargée de programme pour les projets en agroenvironnement Solidarité Union Coopération

Changements climatiques.

Changements climatiques.

Réduction et atténuation des émissions des gaz à effets de serre.

Culture de plantes pour s'adapter aux changements.

Dario Iezzoni, directeur, ventes et marketing Santropol/Copardès

Changements climatiques.

Appauvrissement des sols.

Transport des aliments pour éviter le réchauffement climatique.

Préparer la décroissance soutenable.

Bruno Jean, professeur, Université du Québec à Rimouski, Département sociétés, territoires et développement.

Stabilisation des prix.

Au Sud, organisation des producteurs entre eux.

Au Nord, s'alimenter d'une façon qui ne tue pas.

Exception agricole : l'agriculture, très politique, doit être traitée comme un service public.

Isabelle Joncas, agronome

Quotas agricoles. Abolition des tarifs douaniers. Disponibilité de la main-d'oeuvre.

Changements climatiques.
Négociations de l'OMC.

Morcellement des lots agricoles.
Exception agricole à l'OMC.

Joanne Labrecque, professeure agrégée, Hautes Etudes Commerciales, Montréal

Sécurité alimentaire.

Question économique.

Responsabilité du consommateur.

Remise en cause de leurs méthodes par les chaînes de distribution.

Jean Marcel Laferrière, agronome

Afrique : question de la sécurité alimentaire.

Augmentation des prix de l'énergie.

Changements climatiques.

Freiner l'appauvrissement des sols en Afrique.

Augmenter la productivité agricole.

Soutenir l'agroforesterie.

Denis La France, enseignant, Cégep de Victoriaville

L'agriculture biologique doit prendre le pas sur l'agriculture occidentale à grande échelle.

Crise écologique mondiale.

S'inspirer du fonctionnement de la nature.

Harvey Mead, analyste du développement et philosophe

Dépendance énergétique liée au pétrole.

Manque d'aliments pour nourrir la population mondiale.

Ecouter les écologistes et les solutions déjà proposées précédemment.

Hugo Montecinos, chargé de projets

Situation des paysans producteurs.

Biocarburants.

Solutions aux problèmes précédents.

Souveraineté alimentaire.
Développement agricole local.

Frédéric Paré, agronome

L'agriculture et l'alimentation doivent être des biens communs, plus privés.

Droits à l'alimentation, à la santé, à un travail, à un environnement sain, au développement face à l'individualisme des systèmes alimentaires.

S'attaquer à la perte du patrimoine génétique.

Décapitaliser le système alimentaire.

Implication citoyenne au niveau politique.

Frédéric Sauriol, secrétaire général, Union paysanne.

Privatisation alimentaire.

Plus de spéculation sur l'eau, l'air et la terre.
Modèle pollueur/payeur.

Contrer la montée en puissance du modèle capitaliste dans l'agriculture.



En conclusion, Rodolphe de Koninck rappelle que l'agriculture ne peut être réduite aux enjeux de l'urbanisation, de l'industrialisation et de la mondialisation. L'agriculture est dépendante des conditions naturelles, et la pression du premier terme envers l'autre s'est accentuée. L'activité est soumise à la concurrence de l'urbanisation et de l'industrialisation et du capitalisme qui les dirige. L'agriculture s'est soumise également à la logique d'accumulation des profits qui guide ce capitalisme et particulièrement l'industrie qui en est le moteur. OGM et biocarburants en sont devenus de tristes illustrations. Les biocarburants, surtout, gagnent du terrain en raison d'une désinformation prenant les allures de mystification : les agricultures du monde peinent déjà à nourrir la planète, tandis que l'économie soi-disant réalisée par les biocarburants est loin d'être authentique (qu'on songe à la production de ces biocarburants eux-mêmes...) et que ceux-ci ont surtout vocation à sauver l'industrie automobile, dont la remise en question est soigneusement laissée de côté. Se pose maintenant le problème de l'achat massif de terres dans les pays pauvres par des acteurs publics ou privés (Daewoo à Madagascar) des pays riches. C'est finalement l'absence de réglementation qui est principalement la cause de tous ces phénomènes.

Fabrizio MACCAGLIA, Marie-Anne MATARD-BONUCCI, Atlas des mafias. Acteurs, trafics et marchés de la criminalité organisée, Paris, Autrement, 2009, 80 p.

arton15805-4c452.jpgCe nouvel opus de la collection Atlas/Monde des éditions Autrement envisage, comme le révèle le sous-titre, les acteurs, les trafics et les marchés de la criminalité organisée. Fabrizio Maccaglia est maître de conférences en géographie à l'université de Tours ; Marie-Anne Matard-Bonucci est professeur d'histoire contemporaine à l'université Grenoble II, et on lui doit déjà une excellente Histoire de la mafia (1994, chez Complexe). Les cartes de cet atlas ont été réalisées par Alexandre Nicolas, cartographe-géomaticien et officier géographe.


Comme le précise l'introduction, l'enjeu de cet atlas est de considérer les mafias comme un acteur de la mondialisation. Ce dernier phénomène a en effet beaucoup profité à la criminalité organisée, même si le blanchiment d'argent sale, par exemple, se place loin derrière le détournement de fonds de chefs d'Etat corrompus ou l'évasion fiscale des grandes sociétés. Le mythe d'une criminalité transnationale organisée à l'échelle du monde a fait des émules, surtout depuis les attentats du 11 septembre 2001 et la menace islamiste, accusée de liens avec ce monde mafieux. Pourtant, les acteurs mafieux sont loin d'être homogènes, et ils ne répondent pas tous aux mêmes degrés d'organisation. La coopération à l'échelle internationale est très ponctuelle et, surtout, les mafias restent très ancrées dans leurs territoires d'origine, qui font souvent leur particularité. Réflexion sur les conditions d'apparition et de structuration des organisations criminelles, sur la capacité, qui constitue l'essence de la mafia, à brouiller les frontières entre monde licite et illicite ; sur un phénomène, qui, d'une réalité locale, est parvenu à hanter un imaginaire mondial.


Une double page est ensuite consacrée à définir le terme de mafia, apparu pour la première fois dans un rapport du préfet de police de Palerme en 1865. L'organisation joue tout au long de son histoire sur la confusion entre parti pris culturel (la mafia, c'est le code d'honneur, l'homme qui ne se laisse pas marcher sur les pieds) et l'activité criminelle. Mais certains distinguent déjà la mafia d'autres formes de criminalités, tel Leopoldo Franchetti, en 1876 : « De vastes unions de personnes de différentes conditions et professions, de différents niveaux, lesquelles, sans lien apparent, continu et régulier, sont unies pour promouvoir leur intérêt réciproque, abstraction faite de toute considération de loi, de justice et d'ordre public. » . Au niveau de la justice, on préfère d'ailleurs parler de « criminalité organisée » quand il s'agit de combattre cette forme de délinquance, plutôt que de mafia. Les deux auteurs proposent six caractéristiques qui, réunies, permettent de parler de mafia : le caractère structuré de l'organisation, le rôle essentiel de la violence, la fonction capitale des activités de médiation dans la frontière légal/illégal, le lien à la classe politique et aux institutions, l'ancrage territorial, et la coexistence d'activités légales et illégales.


Le plan de l'atlas se découpe en cinq parties : après un tour d'horizon des principales mafias, les auteurs consacrent une partie entière au marché mondial des stupéfiants, avant de revenir sur les trafics d'êtres humains et sur ceux de contrebande, de contrefaçon et la fraude. Enfin, le dernier point s'interroge sur la criminalité organisée vue comme facteur de déstabilisation des sociétés.


La première partie est très intéressante, même si certaines cartes sont peu lisibles (p.16 sur les multiples vies de Tommaso Buscetta). On apprécie de trouver des pages consacrées aux mafias russes et japonaises, parfois un peu oubliées au regard de leurs homologues italiennes, américaines ou chinoises. En revanche, les cartels latino-américains n'ont droit qu'à deux pages, ce qui est un peu dommage étant donné leur importance actuelle. La deuxième partie sur les stupéfiants propose des exemples assez détaillés : l'Afghanistan pour l'opium, la Colombie pour la cocaïne et le Maroc pour le cannabis, entre autres. Dans la partie sur le trafic des êtres humains, l'Italie tient une place de choix que ce soit pour le travail clandestin ou la prostitution (venue du Nigéria). Celle sur la contrebande, contrefaçon et fraude portent un oeil averti sur le problème des cigarettes et sur celui du trafic de déchets illustré ces dernières années de manière frappante à Naples par l'implication de la Camorra. On regrette pourtant que la piraterie soit si vite évoquée, mais ce n'est pas le coeur du propos. La dernière partie, enfin, fait le tour de l'affrontement entre mafias, Etats, organisation internationales et sociétés concernées (à lire, l'exemple sur la pénétration par la mafia de l'économie légale). La dernière double page est consacrée à la mafia à travers le cinéma, autour des deux exemples fameux que constituent la saga du Parrain et Scarface. On peut regretter là encore que d'autres ensembles célèbres, comme Les Incorruptibles (la série puis le film) ne soient traités qu'à travers un tableau récapitulatif.


La conclusion dresse le bilan d'un atlas qui se veut la suite des premières tentatives cartographiques qui, déjà au XIXème siècle, au moment de la naissance du phénomène mafieux, essayaient de cerner ses tenants et ses aboutissants. Les mafias sont vissées sur un ancrage territorial, qui passent par deux activités maîtresses : la protection et l'extorsion. Elles sont implantées dans des lieux offrant des opportunités économiques, licites ou non, et près des centres de décision politique. L'activité mafieuse s'internationalise, par plusieurs biais : installation à l'étranger, participation à des trafics concernant plusieurs régions, insertion dans les réseaux financiers. Enfin, les mafias se donnent une certaine image à travers des représentations (littérature, cinéma, musique) qui faussent souvent la réalité du phénomène pour l'élever au rang de mythe. Il faut prendre en compte les structures nationales pour comprendre les mafias : elles sont souvent puissantes lorsqu'un Etat se construit ou se reconstruit, conjoncturellement. Ce type de corps intermédiaires non institutionnels gagne alors une forme de légitimité en se substituant aux pouvoirs classiques. La faculté qu'ont les mafias à se maintenir dans la durée tient autant à leur capacité d'adaptation qu'à l'existence de conditions, encore aujourd'hui, qui ont favorisé leur émergence il y a plus d'un siècle.


L'atlas est complété par quelques documents importants et par une bibliographie indicative, qui ne mentionne pas de liens Internet alors qu'il y en a pléthore sur le sujet. On peut discuter la pertinence de certains figurés ponctuels sur des cartes de l'atlas (p.58, p.62). Mais, dans l'ensemble, voilà un ouvrage qui offre un bon support à une découverte des phénomènes mafieux, le tout par les cartes : une véritable géographie des mafias.

Nathalie GRAVEL, Géographie de l'Amérique latine. Une culture de l'incertitude, Géographie contemporaine, Presses Universitaires du Québec, 2009, 339 p.

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Ifriqiya connaît un sommeil prolongé, j'en suis désolé mais mon travail est très prenant et j'atteins un seuil critique en ce moment (!). Néanmoins je profite d'un moment consacré à ce blog pour y placer plusieurs fiches de lecture, toujours réalisées en collaboration avec le site les Clionautes.

Je signale aussi que je viens d'écrire un article pour la revue
Champs de bataille, qui paraîtra dans le numéro à venir incessamment sous peu. Un autre article est d'ores et déjà en préparation.

 

 

Cet ouvrage écrit par Nathalie Gravel, qui enseigne à l'université Laval au Québec, se veut d'abord un manuel de cours sur la géographie à l'Amérique latine ; un préalable au thème traité, en quelque sorte, avant un approfondissement. L'introduction souligne la démarche : insister sur les contradictions de cette aire géographique, et ses évolutions récentes (« colombianisation » du Mexique, manifestations des immigrants clandestins aux Etats-Unis, montée en puissance de la gauche dans une majorité de pays de la région, etc), qui tentent de répondre à des défis impossibles à régler sur le court terme.


Le plan de l'ouvrage est très conventionnel : après une partie « historique » rapide, l'auteur découpe l'Amérique latine en quatre grands ensembles (issus de la géographie physique), traités successivement : le Mexique, l'Amérique centrale et le bassin des Caraïbes, le Cône Sud et le Brésil, et les pays andins. Les derniers chapitres sont consacrés à des questions thématiques : l'agriculture, l'intégration régionale et le commerce, la démocratie, la question autochtone et les mouvements sociaux, l'environnement et, enfin, l'urbanisation de la pauvreté.


Les pays d'Amérique latine suivent, d'après la géographe, quatre voies différentes pour arriver à une meilleure situation économique et politique : l'ouverture économique, l'intégration économique régionale, la recherche de solutions endogènes et la démocratie, ou participation citoyenne. Ces quatre solutions constituent des fils directeurs du livre.


La partie historique est succincte et balaye vraiment à grands traits les événements et les lieux fondateurs de l'Amérique latine depuis l'époque des Grandes Découvertes ; certains partis pris de la géographe sont contestables, comme la qualification de génocide attribuée à la conquête espagnole du XVIème siècle, une question très débattue parmi les historiens, comme d'autres du même genre. La partie associée à la première et qui fait suite, sur l'histoire politique et la démographie, est plus intéressante, mélangeant théorie (reprise de l'économie dualiste de Milton Santos) et chiffres à l'appui.


Les quatre parties géographiques sont inégales, car elles se veulent plus des analyses sur des phénomènes particuliers qu'une présentation en bonne et due forme. Celle sur le Mexique aborde des thématiques intéressantes (migrations, monde maya, mouvement zapatiste) mais elle demeure très (trop ?) courte : la question de la déstabilisation de l'Etat mexicain par les cartels de narcotrafiquants est survolée. Le problème est le même pour la deuxième partie sur l'Amérique centrale et les Caraïbes -malgré un point très instructif sur les relations entre Haïti et la République dominicaine. Le troisième ensemble sur le Cône Sud et le Brésil est plus conséquent, notamment sur ce dernier pays et sur le cas argentin. Dans la dernière partie, il est en revanche dommage que ne soit pas évoqué l'Equateur et surtout la Colombie, qui figurent pourtant dans le tableau récapitulatif, assez pratique, que l'on trouve à la fin de chaque chapitre géographique de l'ouvrage (Pays-population-capitale-densité-année d'indépendance-principales sources de revenus-caractéristiques géopolitiques).


Quant aux chapitres thématiques qui terminent l'ouvrage, là encore, des choix ont été faits. Celui sur l'agriculture se concentre sur quelques exemples plus ou moins intéressants (le henequen ; les réformes agraires au Mexique, en Equateur). Le chapitre sur les organisations régionales est particulièrement ardu à lire car il se présente sous la forme d'un listing, malgré la présence, encore une fois, de tableaux de synthèse et d'encadrés sur des points très précis, ce qui est sans aucun doute un point fort du livre. A contrario, le chapitre 9 sur la démocratie est passionnant : c'est sûrement l'un des meilleurs de ce manuel. Le chapitre 10 sur les mouvements autochtones et sociaux est clairement déséquilibré en faveur du premier terre ; on aurait aimé plus de considérations sur le Mouvement des Sans-Terre au Brésil, par exemple. Dans le chapitre 11 sur l'environnement, on trouve un développement qu'il faut lire, celui sur le commerce équitable. Le dernier chapitre, enfin, fait lui aussi des plongées ponctuelles sur tel ou tel point : Brasilia, ici, est bien traitée, de même que le modèle de villes brésilien, au sujet de l'urbanisation de la pauvreté.


Nathalie Gravel conclut sur l'idée que l'Amérique latine, construite depuis plusieurs siècles sur des structures inégalitaires, autoritaires et violentes, peine toujours à trouver sa voie vers le développement. Les habitants de la région n'ont pas encore confiance dans le système démocratique ; la violence perdure (voir l'exemple mexicain après celui de la Colombie à la fin des années 1990), et l'ombre des Etats-Unis est toujours présente. Cela expliquerait pourquoi les citoyens d'Amérique latine ont développé cette fameuse « culture de l'incertitude » (corruption, immigration illégale, économie parallèle, népotisme, narcotrafic, etc), sous-titre de l'ouvrage, pour répondre à la panne vis-à-vis du développement, dans tous les sens du terme (politique, économique...). La colonisation des marges sociales et spatiales par les populations démunies d'Amérique latine répond à la même préoccupation. La préservation des privilèges des plus riches, héritage d'une histoire basée sur l'inégalité sociale et politique, a été très coûteuse pour les nations de la région. Pourtant, cette culture de l'incertitude développée pour parer au plus pressé devrait laisser la place à une planification du risque, sur le long terme, basée sur un réengagement de l'Etat et sur une implication citoyenne.

dimanche, 18 octobre 2009

J'ai lu...

51YG17Z1BEL._SS500_.jpgBilan de quelques lectures depuis un mois et demi dans ce billet.

Juste avant d'attaquer ma carrière d'enseignant en histoire-géographie, j'avais terminé cette biographie de Ramsès III par Pierre Grandet, égyptologue français qui a écrit également un ouvrage dans la collection l'Art de la guerre aux éditions du Rocher. Ce livre est en fait une réédition d'un ouvrage paru pour la première fois en 1993. Il a le mérite de revenir sur un pharaon généralement moins connu que son prédécesseur Ramsès II, le "vainqueur" de Kadesh. On peut souligner que le livre est abondamment illustré, c'est appréciable.

Dans un tout autre genre, j'ai également lu la somme monumentale (près de 1 000 pages !) réunie par les historiens Mohammed Harbi et Benjamin Stora sur la guerre d'Algérie (2005). L'ouvrage rassemble les contributions de plus d'une vingtaine d'historiens, français et algériens, et balaye tous les points importants, tous les enjeux de l'historiographie contemporaine sur la question. Incontournable pour être armé sur la guerre d'Algérie, dans n'importe quelle situation (en classe, dans un repas, dans la rue !).

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Autre format, autre pays : voici une lecture rapide, un Que-Sais-Je sur la Lybie. Cette synthèse est surtout consacrée à la période contemporaine et au personnage qui va avec, Muhammar Khadafi, mais la première moitié du livre dresse rapidement l'histoire du territoire depuis l'Antiquité. Pratique quand on veut aller à l'essentiel.

Je remercie aussi Laurène de m'avoir offert pour mon anniversaire ce petit livre bien sympathique, sur les perles des lycéens. "Les Indiens d'Amérique se posèrent beaucoup de questions lors de l'arrivée des Colombs en 1492", comme le disait cette copie de bac...

Yann Le Bohec, après s'être attaqué en 2006 à l'armée romaine du Bas-Empire, a écrit cette année un troisième ouvrage aux éditions du Rocher, dans la collection l'Art de la Guerre, sur la crise du IIIème siècle ap. J.-C. et son aspect militaire. Je ressors à demi-satisfait de cette lecture : j'ai trouvé certains points bien faits, mais d'autres moins. Je continue à préférer son César chef de guerre et son Histoire militaire des guerres puniques, dans la même collection.

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 Enfin, je viens de finir The Battle for Iwo Jima 1945 de Derrick Wright. Ouvrage bien écrit, la bataille est surtout vue du côté américain, mais avec quand même quelques réflexions sur la défense japonaise. Bien illustré par un encart photo central même si l'on aurait aimé plus de cartes -celles présentes, trop peu nombreuses, sont placées au début de l'ouvrage. Le récit de la bataille est en tout cas assez exhaustif, et l'auteur fournit des annexes précieuses (liste des récipiendiaires de la Medal of Honor avec leurs citations, pertes, épisode de la levée du drapeau sur le mont Suribachi articulé aux deux films de Clint Eastwood, Flag of our fathers et Letters from Iwo Jima). A découvrir.

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samedi, 17 octobre 2009

Les derniers numéros de Champs de bataille

CdB29-couv-29.jpgPetit retour sur les derniers numéros de Champs de bataille parus pendant mon silence forcé d'un mois et demi.

Dans la revue "traditionnelle", l'avant-dernier numéro, le 29, propose un article concernant l'Afrique : la guerre italo-turque de 1911-1912, la conquête de la Lybie, rédigé par Raphaël Schneider. L'article est bien construit et bien illustré ; dommage que l'auteur, intervenant régulier de la revue, ne mentionne jamais ses sources, d'autant plus qu'il y en a beaucoup, c'est sûr, puisque la qualité est là. Mais je ne désespère pas de voir apparaître un jour une bibliographie ! A lire, en tout cas. Dans la rubrique Faits de guerre, on peut aussi parcourir le récit de la prise de Wolmi-Do, cet îlot stratégique pour le débarquement américain à Inchon, pendant la guerre de Corée, en septembre 1950 : écrit par un spécialiste de la question, Frédéric Ortolland. Les autres articles m'ont moins intéressé tout simplement parce que les sujets m'étaient plus familiers : mea maxima culpa !

Champs de bataille Seconde guerre mondiale n°3 s'organise autour d'une revue de certaines grandes opérations des Fallschirmjäger. Si l'article sur la Crète n'est pas très original -je veux dire par là qu'on le traite souvent, en fait-, il faut en revanche mentionner celui, beaucoup plus exotique, sur les combats en mer Egée à l'automne 1943 qui tournèrent à l'avantage des Allemands : une défaite britannique méconnue, et l'on comprend pourquoi, les Anglais n'ayant aucun bénéfice à s'étaler sur le sujet. A lire et à creuser par d'autres lectures, sans aucun doute.

 

cdb-sgm03-couv-03.jpgEnfin, le Champs de bataille Thématique n°11, cerise sur le gâteau : écrit par Stéphane Moronval, qui avait déjà livré à la revue un excellent article sur la fameuse bataille de Zéla -fameuse surtout par les mots de Jules César, passés à la postérité : Veni, Vidi, Vici-, ce hors-série traite des premières guerres entre Romains et Parthes. C'est bien construit, très bien illustré et basé sur une bibliographie courte mais efficace (ouvrages universitaires et d'autres plus grand public). On ressort bien moins bête de cette lecture. Recommandation de lecture du moment !

Pour les deux derniers magazines, l'illustration se retrouve bonifiée par les contributions d'un nouveau dessinateur : Stéphane Lagrange (encore un Stéphane !), qui officie par ailleurs dans la revue Spangelhelm. A voir notamment ses planches dans le Thématique sur l'affrontement Romains-Parthes, très agréables à l'oeil.

 

 

 

 

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