samedi, 23 mai 2009

La Somalie dans la ligne de mire de l'armée éthiopienne ?

ODEJAVU_G1_L.gifArticle intéressant de Scott Baldauf dans The Christian Science Monitor.

- des soldats éthiopiens se seraient bien infiltrés en Somalie, dans la région frontalière de Beletweyne, creusant des positions retranchées et établissant des postes de contrôle près de la ville de Kalabeyr, près de 20 km à l'intérieur du territoire somalien.

- l'Ethiopie intervient ainsi en Somalie non pas tant pour soutenir un gouvernement chancelant que pour contrer toute vélléité irrédentiste sur l'Ogaden, une région aujourd'hui éthiopienne , peuplée de Somalis, mais très disputée dans le passé entre les deux pays, lors de plusieurs conflits. Or le cheikh Aweys, l'un des chefs spirituels des insurgés islamistes somaliens, est connu pour vouloir ressusciter la "Grande Somalie" de Siad Barre.

- c'était peut-être là l'une des raisons de l'empressement éthiopien à intervenir contre les Tribunaux Islamiques en 2006, avec l'appui américain. Résultat : effondrement des Tribunaux Islamiques devant les 3 000 soldats éthiopiens, fuite du gouvernement à l'étranger, mais réorganisation des miliciens islamistes en unités plus petites menant une véritable guérilla. Bilan : retrait de l'armée éthiopienne en décembre 2008, revendiquant 2 à 3 000 islamistes tués, tandis que les militants des droits de l'homme parlent de 16 000 victimes civiles dans les combats.


- l'opération actuelle vise surtout à faire comprendre au président somalien qu'il ne doit pas laisser la milice al-Shabab s'emparer du pouvoir. Les Ethiopiens ne veulent pas s'enliser une fois de plus en combat urbain dans Mogadischio. L'armée éthiopienne mène d'ailleurs des incursions en territoire somalien en dépit de son retrait de décembre 2008. L'avancée de ces derniers jours intervient quelques heures seulement après la prise de la ville de Jowhar par les insurgés, qui coupe l'accès au nord du pays pour les forces gouvernementales basées à Mogadischio.

- le président somalien Sharif est confronté à un véritable dilemne : sa faible position politico-militaire qui empire d'heure en heure le sauve en quelque sorte, car elle le pourvoit d'un probable soutien extérieur pour se maintenir en place ; facteur qui peut par contre lui aliéner un peu plus la population somalienne. Quant aux Ethiopiens, leur intervention devra être plus ciblée que les précédentes, en décapitant par exemple la milice al-Shabab, pourquoi pas ? avec l'aide des Américains. Le mieux pour eux étant de ne pas intervenir directement, puisque toute agression éthiopienne ne fait que ressouder les Somaliens contre l'envahisseur étranger. On pourrait ainsi voir se développer en Somalie un scénario similaire à celui du Puntland ou du Somaliland.