samedi, 12 décembre 2009
Derniers numéros de Champs de bataille
Un petit tour rapide des deux derniers numéros de la revue Champs de bataille.
Le n°30 de la revue "classique" comprend deux articles qui valent le détour : celui sur la guerre d'indépendance du Texas (1835-1846) et surtout celui sur la bataille de Kadesh, dû comme toujours dans le magazine pour l'Egypte ancienne à Michel Sancho. Passionnant.
Champs de bataille Seconde guerre mondiale n°4 est essentiellement consacré à la bataille des Ardennes (décembre 1944-janvier 1945). Je n'ai personnellement pas appris grand chose sur le sujet car c'est une campagne que je connais assez bien. Plus intéressants pour moi, la lecture des articles secondaires sur les deux bataillons de paras SS (500. et 600.) et sur le percement de la Ligne Gothique en Italie par les Alliés, fin 1944. J'avais moi-même il y a déjà quelques années rédigé un article sommaire sur l'opération Rösselsprung, la tentative de capture de Tito par une opération aéroportée mettant en ligne le 500. SS-Fallschirmjäger-Bataillon. Ma méthode est plus aboutie pour la rédaction d'articles aujourd'hui ! Je conseille cependant la visite du site Histoquiz sur lequel on trouve des choses intéressantes.
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mardi, 04 août 2009
Champs de bataille Seconde guerre mondiale n°2
Un petit aperçu du deuxième numéro de la nouvelle revue des éditions Conflits et Stratégie, Champs de bataille Seconde guerre mondiale, exclusivement dédiée comme son nom l'indique à 1939-1945.
Ce que j'ai aimé :
- le dossier sur Normandie-Niémen, intéressant puisque l'on est à une date anniversaire, et qui par ailleurs est bien monté (historique de l'unité avec tableaux correspondants, présentation du musée du groupe de chasse, biographies de pilotes, présentation des appareils utilisés et ennemis, court article sur la guerre aérienne à l'est un peu trop léger à mon goût, sans doute faute de place) et complété par un article de synthèse sur le stalinisme de guerre (qui mériterait un magazine à lui seul). Il faut noter que c'est un des rares sujets où l'on dispose de pas mal d'informations côté russe.
- le dossier tactique sur la 2ème DB à Alençon, intéressant de par le format et le contenu. C'est un bon moyen de traiter des cas précis.
- la Gazette de la Seconde guerre mondiale, avec ses photos, sa présentation d'un film de guerre sur le conflit (ici Paris brûle-t-il ?) et son ton décalé.
- l'illustration dans l'ensemble du magazine. Chapeau aux dessins de Manuel Perales, Roy Grinnell, aux skins de Laurent Fouquet à l'infographie de Gilles Almeida et aux profils de Vincent Bourguignon.
Ce que j'ai moins aimé :
- l'article sur la libération de Paris, non pas qu'il soit mauvais d'ailleurs, mais je m'attendais à plus de descriptions sur les combats à proprement parler, or l'article ne s'intéresse en fait pas trop à cet aspect. En revanche c'est l'un des seuls qui fournit une bibliographie, bon point pour lui...
- car comme d'habitude, c'est là qu'est le problème d'après moi. On va me prendre pour un maniaque à répéter ça à longueur de temps (!). Certes, Champs de bataille n'est pas une revue scientifique, et ses auteurs ne sont pas tous comme moi, loin s'en faut, des universitaires. Cependant, l'écriture d'un article suppose l'utilisation de sources, primaires ou secondaires, qui doivent être mentionnées, et si possibles classées. Mais dans ce numéro, seuls les articles sur la libération de Paris et Alençon en sont munis. Le dossier sur le Normandie-Niémen, excellent par ailleurs, ne liste pas ses sources. C'est un vrai problème à plusieurs titres : d'abord, c'est un point qui renforce à mes yeux la crédibilité du magazine face à la concurrence, dont nul n'est besoin de préciser qu'elle est abondante sur ce créneau. Et je ne suis pas le seul à le dire : il suffit de faire une recherche rapide sur le net pour se rendre compte qu'il y a une véritable attente sur ce point là (pour ne pas donner de leçons sans en prendre moi-même, voici un lien vers une telle critique pour mon dernier article dans Champs de bataille, parfaitement justifiée puisque je n'avais pas utilisé la bibliographie anglo-saxonne correspondante). C'est une telle démarche qui permettra aussi à la revue de s'imposer, alors que la concurrence, justement, ne fait que peu de cas de cet élement à mes yeux incontournable.
- si les légendes des photos sont maintenant en gras et plus visibles qu'auparavant, depuis le premier numéro, dans le numéro 2 certaines photos ne sont pas légendées (Gazette par exemple). Quant on sait ce qui est représenté sur la photo, ça va, sinon ça peut être plus embêtant.
- il y a aussi des photos qui semblent tirées d'un jeu vidéo, sans doute IL-2 Sturmovik et ses dérivés, quelqu'un pourrait-il confirmer (p.45-46 par exemple) ?
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vendredi, 31 juillet 2009
Images de guerre
Puisque je suis immobilisé par l'épicondylite, j'ai encore du mal à écrire de manière soutenue mais je vais tâcher d'alimenter un peu ce blog. Hormis la lutte contre les blattes, qui ne me demande pas trop d'efforts, j'ai passé les dernières journées à découvrir certains films de guerre ou à revoir d'autres films que j'affectionne particulièrement.
Au rayon des nouveautés, j'ai commencé -avant l'épicondylite...- par le Putsch des mercenaires (1979) de James Fargo (titre original : A Game for Vultures), un film qui rejoint les préoccupations thématiques du blog puisqu'il est question de la guerre en Rhodésie (aujourd'hui le Zimbabwe) entre le gouvernement soutenu par l'Afrique du Sud de l'apartheid, et la rébellion locale. Le propos tourne autour de l'achat d'hélicoptères de combat vendus par les Américains, que souhaite récupérer la Rhodésie en faisant appel à un intermédiaire joué par Richard Harris, face auquel se dresse Richard Roundtree, un rebelle bien décidé à faire échouer l'entreprise. Le film n'est pas très long mais il est bien mené, il se laisse bien regarder.
Depuis que je me repose, j'ai regardé dans un autre genre The Star (2002), un film russe réalisé par Nikolaï Lebedev (titre original Zvezda). Inspiré d'une nouvelle d'Emmanuel Kazakevich, il raconte l'expédition d'un groupe de 7 éclaireurs soviétiques derrière les lignes allemandes au moment de l'opération Bagration, à l'été 1944. Il est intéressant, pour moi, à plusieurs titres : d'abord c'est l'occasion de voir à l'oeuvre ces fameux éclaireurs de l'Armée Rouge, acteurs méconnus des combats de la Grande guerre patriotique ; ensuite, la reconstitution vaut largement certains films de guerre occidentaux ; enfin, c'est l'occasion de changer de perspective et d'appréhender de quelle façon les Russes eux-mêmes traitent ce moment important de leur histoire, aujourd'hui encore récupéré ou déformé à des fins politiques ou mémorielles. Le film peut être regardé sur Youtube en russe avec des sous-titres anglais (9 parties, petit problème de son dans la 4ème ou la 5ème mais sinon aucun problème).
Autre film de guerre russe mais sur un autre conflit cette fois, bien plus proche : l'Afghanistan, avec The 9th Company (2005), un film réalisé par Fiodor Bondarchuk, qui décrit l'entraînement, l'arrivée en Afghanistan et les combats de volontaires soviétiques dans une unité de parachutistes à la fin du conflit, en 1988. L'histoire est basée sur un des engagements les plus fameux de la guerre, le combat pour la colline 3234 durant l'opération Magistral lancée par l'Armée Rouge au début 1988, conduit par la 9ème companie du 345ème régiment indépendant de parachutistes de la Garde. Bien que ce ne soit pas le premier film russe sur la guerre en Afghanistan, The 9th Company est la première tentative sur le sujet pour monter un film relativement grand public, à l'instar de ce qu'avaient faits une pléiade de réalisateurs américains dans les années 80 avec la guerre du Viêtnam (Platoon, Full Metal Jacket, etc). Le film a d'ailleurs rencontré l'assentiment du public russe. Pour ma part, j'ai apprécié les vues, les paysages et surtout la musique, très bonne ; les scènes de combat elles-mêmes m'ont un peu déçu. En revanche, il me semble que le réalisateur a tenté de bien cerner l'état d'esprit dans l'armée russe à la fin de la guerre en Afghanistan, même au sein des troupes d'élite comme les Desantniki (parachutistes). Là encore le film peut être vu sur Youtube, en russe sous-titré anglais (12 parties, sans problème de son). Je dédie ces quelques lignes à François Duran et autres blogueurs amis qui ont évoqué à plusieurs reprises ces derniers mois la guerre soviétique en Afghanistan.
Enfin, l'Ultime Attaque (1979) de Douglas Hickox (Zulu Dawn), qui ici aussi rejoint le thème du blog puisque ce film, souvent vu comme la suite de son prédécesseur Zoulou ! (1964), dépeint la célèbre défaite britannique à Isandlwana, le 22 janvier 1879, lors de l'invasion du Zoulouland. Sans doute le plus grand revers des pays colonisateurs après celui d'Adoua subi par les Italiens en 1896. Le film vaut par sa mise en scène, sa distribution et sa grande reconstitution historique, malgré des erreurs de détail. Il est aussi disponible sur Youtube, en anglais (12 parties).
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dimanche, 14 juin 2009
Philippe CHENAUX, Pie XII. Diplomate et pasteur, Histoire.Biographie, Le Cerf, Paris, 2003, 462 p.
A l'heure où le personnage Pie XII suscite encore beaucoup de débats (on se rappelle la visite de Benoît XVI en Terre Sainte récemment, et la démarche visant à béatifier l'ancien pontife), voilà un ouvrage qui apporte quelques éclaircissements sur la question.
La synthèse de Philippe Chenaux est résumée dans le sous-titre : Diplomate et pasteur, qui correspondent en fait à deux facettes de l'existence d'Eugenio Pacelli, devenu Pie XII en 1939. Livre intéressant, j'ai appris beaucoup de choses : l'avantage certain de l'ouvrage est de remettre Pacelli dans son contexte et de l'envisager sur l'ensemble de sa carrière, de la naissance à la mort, et pas seulement pour son comportement durant la Seconde guerre mondiale. Inconvénient : ce moment de la vie d'Eugenio Pacelli, si controversé, fait un peu figure de parent pauvre, par contrecoup (deux chapitres, environ 80 pages). On aurait aimé en lire un peu plus sur la question. En revanche, pour ceux qui préparent les concours, des pages intéressantes sur Pie XII et l'Europe dans l'après-guerre, mais aussi avant.
Bref, un ouvrage à lire en complément d'autres pour être au point sur Pie XII.
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vendredi, 05 juin 2009
Jacques SAPIR, La Mandchourie oubliée. Grandeur et démesure de l'art de la guerre soviétique, L'Art de la guerre, Paris, Editions du Rocher, 1996, 294 p.

Je viens de terminer la lecture de ce livre, motivée par une autre lecture, celle d'un article sur l'offensive soviétique en Mandchourie durant le mois d'août 1945 dans le premier numéro de Champs de bataille Seconde guerre mondiale, et aussi parce qu'on me l'avait vivement conseillé à plusieurs reprises.
Quelques réflexions tirées de cet ouvrage intéressant :
- Sapir insiste beaucoup sur l'importance des anciens cadres de l'armée tsariste dans la formation de la doctrine militaire soviétique et de certaines de ses innovations les plus originales. L'affirmation de la doctrine militaire est d'ailleurs un moyen pour les officiers de l'armée de s'assumer au sein de la société soviétique.
- dans la doctrine militaire soviétique, issue elle-même d'une révolution des affaires militaires (au sens de confrontation avec la seconde révolution industrielle et ses composantes), un élément sans équivalent à l'ouest s'intercale entre la stratégie et la tactique : le niveau opérationnel.
- cet art opérationnel repose sur les concepts d'annihilation et d'attrition, développés par Svetchine, Varfolomeev, Triandafillov et Toukhatchevski. Alors que certains exposent la rupture en profondeur du dispositif adverse, il est surprenant de voir la précocité des réflexions soviétiques, autour de l'emploi des forces mécanisées, de la suprématie aérienne ou des troupes aéroportées -une guerre aéroterrestre avant la lettre, en somme.
- si les concepts en plein essor ont été brisés par les purges de 1937-1938, il faut souligner que les théories des officiers soviétiques étaient rarement en adéquation avec les possibilités économiques de l'URSS. En voulant combler ce retard par une industrialisation forcenée, le régime soviétique a privilégié le nombre sur la qualité tout en se trouvant confronté au problème du manque de cadres efficients pour mener à bien ces réflexions sur le terrain. Le manque d'un corps de sous-officiers expérimentés, en particulier, est dramatique. Même si les engagements indirects de l'URSS (Espagne, Chine) ou directs ensuite (Finlande, Khalkin-Gol) ont provoqué une réaction conservatrice de l'institution, certains officiers poursuivent dans la voie initiale, comme Joukov, chef d'état-major en février 1941. L'invasion de l'URSS intervient au pire moment, alors que l'Armée Rouge est en pleine réorganisation.
- la guerre confirme la validité des théories soviétiques des années 20 et 30 tout en mettant en sourdine l'instrumentalisation du militaire par le politique stalinien. La pertinence de la stratégie soviétique se forge dans le sang des défaites puis des victoires de la Grande Guerre Patriotique. Inversement, les Allemands, experts dans l'art tactique, pèchent par défaut de stratégie.
- l'Armée Rouge ne peut mettre en oeuvre que des versions simplifiées de ses théories en 1941 et 1942, en attendant de bénéficier de la victoire de la production de guerre délocalisée à l'est, de moyens supérieurs en commandement et en logistique. D'où les énormes pertes de ces deux années, les victoires étant dues à un effet de masse et d'attrition très coûteux. A l'inverse, avec la création des armées blindées, le renforcement de la puissance de feu et l'expérience des officiers, les années 1943-1945 voient la montée en puissance des Soviétiques, malgré certains déséquilibres, dont l'exemple le plus spectaculaire est sans doute l'opération Bagration. L'économie de guerre a fait preuve d'une grande flexibilité en s'adaptant à l'art de la guerre pratiqué par l'Armée Rouge, les manques étant palliés notamment par le Prêt-Bail anglo-saxon. Les Soviétiques ont donc grandement progressé dans la tactique et l'art opérationnel, compensant ainsi le décalage technologique face aux Allemands à partir de 1943.
- du point de vue géographique, la Mandchourie se présente comme un vaste espace compartimenté (en quatre grands ensembles) dont des limites hostiles (montagnes du Grand Khingan, bois, collines, marécages) encadrent un centre pratiquable. La contrainte logistique pèse beaucoup sur la partie soviétique.
- la Mandchourie est le lieu de rencontre entre les impérialismes russe et japonais dès la fin du XIXème siècle, mais elle ne revêt pas la même importance pour chacun. Théâtre relativement secondaire pour l'URSS, elle est au contraire fondamentale pour le Japon, notamment après le coup de force de l'armée du Kwantung, acteur incontournable, en 1931, et la création du Mandchoukouo. La question est alors, avec la guerre en Chine à partir de 1937, de savoir s'il faut maintenir l'effort au sud ou revenir à l'axe traditionnel contre la Russie : décision difficile à prendre pour les Japonais. La leçon de la guerre de 1904-1905 pour les Soviétiques est qu'une confrontation nécessite des moyens importants, accrus par la supériorité maritime japonaise (imposant des contraintes logistiques plus fortes sur le rail).
- le précédent de 1904-1905 est intéressant à étudier en prélude aux deux autres campagnes : la victoire japonaise serait surtout due aux défaillances russes, notamment dans l'utilisation des troupes et la logistique. A l'inverse les Japonais jouent gros et leurs qualités tactiques et opérationnelles sont parfois entamées par une confiance sans faille dans la qualité de la troupe et du commandement, menant à des assauts frontaux sans finesse très coûteux. La stratégie japonaise était donc très risquée car un échec grave aurait pu compromettre la campagne. Les Russes tirent d'ailleurs plus de leçons de leur défaite que les Japonais de leur succès : l'art opérationnel vient de là. La guerre a surtout mis en évidence la mortalité des armes modernes et les contraintes logistiques qui y sont liées. La réflexion russe issue de cette défaite, entravée par Nicolas II, explique d'ailleurs le ralliement d'une bonne partie des élites militaires aux bolcheviks en 1917.
- l'affrontement du Khalkin-Gol/Nomohan en 1939 voit la première application de la concentration des forces mécanisées issue de la pensée soviétique. La guerre prend place dans une zone contestée de l'ouest de la Mandchourie, entre l'Armée du Kwantung et l'URSS. Pour les deux camps, le but est de réaffirmer une présence sur le plan régional. Un précédent a eu lieu en juillet 1938 avec l'incident du lac Khasan : si les Japonais ont confirmé leurs vertus au niveau de la troupe et de l'offensive, les Soviétiques les ont surpris par la combinaison des armes. Les Japonais, qui avaient assimilé les leçons de la Première guerre mondiale, sont conscients de ne pas pouvoir développer chars et artillerie en nombre suffisant : ils modifient alors leur art opérationnel en privilégiant une guerre courte basée sur la violence de l'offensive menée par une infanterie surentraînée au contact et bénéficiant d'une puissance de feu importante, privilégiant le mouvement et le combat nocturne.
- la défaite japonaise à Khalkin-Gol a pour effet de stabiliser ce front qui ne s'ouvrira pas avant 1945 alors que l'URSS est attaquée par les nazis en juin 1941. Elle a aussi réorientée les Japonais vers le sud. Joukov, qui a dirigé les troupes soviétiques, a montré la supériorité de la réflexion stratégique de l'URSS : manoeuvres d'enveloppement après une fixation, utilisation de réserves et de concentrations blindées et motorisées, préservation du secret (maskirovka). Au niveau tactique, les déficiences soviétiques sont rapidement corrigées au vu de l'expérience des premiers affrontements (combinaison interarmes, allant de l'infanterie, combats aériens sur le plan vertical et non plus en dogfights tournoyants). Les Japonais, à l'inverse, ont commis une grave erreur stratégique en sous-estimant l'ampleur des forces russes et en ne se donnant pas les moyens de leurs ambitions. Le manque de blindés et de moyens antichars a été patent. La rigidité des troupes japonaises est particulièrement criante. Les pertes sont d'ailleurs dues essentiellement à l'artillerie soviétique qui a broyé les fantassins japonais. Alors que Joukov représente le modèle type du soldat professionnel stalinien, les dirigeants de l'armée du Kwantung, eux, se sont arc-boutés sur des conceptions figées. Si l'Armée Rouge manque toujours de cadres moyens, c'est bien le commandement supérieur qui a fait la différence.
- la campagne d'août 1945 est devenue un modèle de référence dans l'art de la guerre soviétique de la guerre froide. Elle oppose des forces soviétiques au summum de leur efficacité à une armée du Kwantung qui n'est plus que l'ombre d'elle-même. L'Armée Rouge met en oeuvre un plan d'attaque proportionné aux forces disponibles et à ses objectifs. Elle réussit à leurrer les Japonais sur la date de l'attaque et les moyens engagés. L'armée du Kwantung, considérable avec plus d'un million d'hommes, est handicapée par un matériel obsolète et des recrues hâtivement formées. Elle compte donc sur une série de points de résistance pour retarder l'avance soviétique et former un réduit défensif au nord de la Corée. Les Soviétiques, quant à eux, mettent en oeuvre trois fronts pour la campagne prévue. Chacun a une mission spécifique qui aboutit à une redéfinition des forces engagées : le front de Transbaïkalie, qui doit percer au nord-ouest à travers le Grand Khingan pour déboucher sur la plaine centrale de Mandchourie, est ainsi dotée d'importants moyens blindés (6ème armée blindée de la Garde).
- l'opération n'a pas été une promenade de santé pour les Soviétiques, qui ont laissé plus de 8 000 tués dans l'affaire (et 24 000 blessés). Les Japonais ont souffert de pertes beaucoup plus lourdes, notamment en voulant compenser leur infériorité en matériel par des tactiques désespérées (commandos suicides ceinturés d'explosifs se jetant sous les chars russes). L'URSS a atteint son objectif qui était de détruire l'armée du Kwantung rapidement ; cette réussite, en précipitant la fin d'un bastion militariste, a pu contribuer à l'accélération de la capitulation japonaise (dans quelles proportions, difficile à dire). Militairement parlant, les Soviétiques ont emporté la surprise stratégique, tout en maîtrisant complètement l'art opérationnel et en utilisant, sur le plan tactique, des détachements avancés de manière très agressive. Le commandement et le contrôle des troupes ont été bons, ce qui est un progrès par rapport à certaines expériences de la confrontation aux Allemands. Enfin, les problèmes logistiques ont été résolus avec succès. La campagne de Mandchourie est donc l'application talentueuse du concept d'opération en profondeur : la théorie a été rejointe par l'excellence du commandement et la combativité des troupes. Equilibre entre les moyens et les hommes, entre les moyens et le plan, atteint ici par l'Armée Rouge.
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